La Graine par Maryse Emel

L’horloge égraine les minutes, les secondes, sur le chapelet de l’attente. L’ enfant entend battre son coeur. Il cherche dans l’infini ce temps insaisissable, celui de la vie.

La graine est énigme. L’enfant y est attentif, lui qui ne cesse de s’interroger sur cette graine que son père déposa dans ce ventre-jardin du paradis.

Attentionné est-il lorsqu’il la plante à son tour dans le pot. Si Pérette renversa le pot de lait, prise au piège de ses désirs, l’ enfant savoure ce jeu de la métamorphose, et rêve à la graine qui un jour deviendra grande. Jeu au miroir d’un temps à la lente progression. Une pause dans l’accélération du rythme d’une existence qui nous échappe.

La rencontre avec le mystère. Que cache cette minuscule graine que les oignons voisins, tulipes et autres tubercules, méprisent de toute leur hauteur ? Ouverture à la méditation sur cet infini rien qui se répète et se duplique dans des récoltes à venir. La graine porte en elle toute une génération passée et à venir.

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Il la dépose dans la terre sombre qu’il a amoureusement préparée. Enfouir la graine c’est donner de la puissance au temps. Il y a une énigme de ce devenir qui échappe parfois aux lois de la nécessité. On la nomme surprise car elle vous prend au dépourvu, vous ne vous y attendiez pas.

Au commencement était la graine que l’enfant a rencontrée. Mutisme de l’enfant qui ébauche un sourire. Lui aussi est (re)commencement, prolongement de cet arbre généalogique comme on dit, dans une sorte de circularité présente bien avant sa venue au monde.

L’arbre a des racines… La graine porte en elle les racines à venir…

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La graine prendra racine, quand elle les aura engendrées.

Avant, rien ne la rattache au sol. Le vent la déplace. Elle est nomade la graine. Nous sommes trop sédentaires pour penser cet univers où on ne prend pas racine. Il nous faut des certitudes enracinées pour ne pas perdre pied L’homme qui vacille prend le risque de vivre, d’avoir le vertige. Mais le vertige c’est le moment où tout s’éclaire comme dans le film Hitchcock, Vertigo.

La mauvaise graine dit ce futur qui échappe à ce qui était prévu, ce qui surprend, dans un monde au quotidien borné.

Toutes les graines ont en elle cet imprévu.

Chaque jour il l’arrose.

Là où l’enfant est ravi c’est lorsque la graine lui joue des tours, qu’elle est magie et surprise.

Il est devant sa conquête. Il a planté la graine. Elle sera plant. Il la rempotera. Il apprendra la patience de l’attente. Nouvelle énigme du Sphinx. La graine porte en elle le destin de ses lois. Mais si on ne l’arrose pas elle périra. Le destin n’a de sens que porté par la décision et le désir humain. Le destin n’est pas fatalité.

Nous sommes responsables de notre futur

Maryse Emel

Le Groupe local Ile de France organise le prochain apéro Graines, le 25 février 2017

Le 25 février de 14h à 18h

Le Groupe Local Ile de France propose un nouvel Apéro Graines!!!

Pour l’échange et le troc dans un monde où tout s’achète ! Pour la rencontre et la valorisation des savoir-faire dans un monde où le chacun pour soi prime sur le reste !

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Complexe sportif Jean-Pierre Rives (face au square Château du Loir) 48, avenue de Colombes 92400 Courbevoie

Accès : * Gare SNCF de Courbevoie * La Défense Grande Arche puis bus 275 en D° de Pont de Levallois, arrêt Hérold * Bus 178 en direction de Gennevilliers, arrêt République-Colombes * M° ligne 3 jusqu’à Pont de Levallois puis bus 275 en D° de la Défense arrêt Stade.

À VOS GRAINES !!!

 

Les Graines de la colère par Maryse Emel

Les graines de la moisson

Cette ville est balafrée et son passé maraîcher un vague souvenir perdu dans la lointaine histoire d’une ferme-musée ignorée des passants trop occupés à faire les comptes de fin de mois. Marasme général. Des taudis où la misère se réfugie pendant que les promoteurs saignent une terre qui longtemps fut le grenier de Paris.

Paris ville mythifiée, ville au ventre vide, ville de tous les fantasmes. Elle est affamée et avide, dévore sans jamais se rassasier. Les promoteurs en sont les mâchoires qui broient et digèrent et abandonnent sur place leurs excréments bétonnés. Ils avancent toujours plus vite, plus loin.

Le Grand Paris est le monstre, la boulimie maladive des marchands de la nuit, sans pitié ni loi.

Rien ne résiste à la folie destructrice qui casse les murs de la résistance. Le mur c’était un film où les Frères Lumière testaient la capacité du cinéma à pouvoir revenir en arrière, en se jouant de l’irréversibilité du temps.

Les promoteurs ne font pas de cinéma. Rien ne repousse après eux.

Le béton a envahi leur pensée, rigidifiée par le goût du profit au point de ne plus s’arrêter dans sa volonté mortifère.

Temps sans retour, négation de l’humain au nom de la marchandisation des sols… il y a dans leur programme immobilier des jardins, même des jardins partagés. Des jardins qui prônent ce retour à la nature qu’ils ont ensevelie sous les déchets, les restes de ce grand festin sans fin.

Retour au bio vendent-ils à une naïve jeunesse qui à force de peurs emmagasinées, ne cesse de se protéger. Du sexe à la nourriture – mais n’est-ce pas la même chose- on leur dit de se mettre à l’abri.

On cultive la crainte à défaut de cultiver le rêve.

On invente la culture sans pesticide, mais la peste est là.

Alors dans ce combat inégal, elle sème ses graines.

Les graines de la colère, les graines d’un avenir qui attend sagement d’être moissonné.

Maryse Emel