La rentrée de La Semeuse

 

La Semeuse est une plateforme d’échanges et d’expérimentations autour des questions environnementales, de développement durable et des savoir-faire. Des rencontres régulières sont organisées autour de la grainothèque, des plantes, mais aussi des connaissances de chacun. Véritable réseau de coopération, La Semeuse développe sur un temps long des dynamiques partenariales entre des acteurs du champ environnemental, social et culturel et favoriser ainsi un dialogue et un partage d’expériences.

 Cette année des rendez-vous réguliers sont mis en place : rencontres, conférences publiques, ateliers d’échange et de transmission autour des pratiques, expériences et savoirs des habitants d’Aubervilliers. 

 Le premier rendez-vous sera le 16 et 17 septembre pour les journées du patrimoine, La Semeuse vous accueille avec l’association Auberfabrik pour une exposition des œuvres réalisés dans le cadre des ateliers du projet 1001 plantes.

Uriel Orlow artiste en résidence aux Laboratoires d’Aubervilliers proposera un atelier interactif autour d’une cartographie sensible de la ville d’Aubervilliers. L’artiste explore l’histoire de la plaine des vertus à travers l’agriculture actuelle et ancienne, locale et globale. Cette recherche donnera lieu à une production artistique prenant différentes formes.

Enfin le lancement de l’édition « Pratiquer les plantes albertivillariennes » qui sont les recettes recueillies et échangées lors des ateliers cuisiner les plantes albertivillariennes avec Véronique Desanlis.

À très vite !

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Aubervilliers rénovation urbaine

 

Nous sommes fiers de dévoiler en exclusivité aux lecteurs de ce blog les plans des architectes et urbanistes Albertivillariens pour la rénovation de la ville.

Sur le thème des utopies, trois projets phares ont été retenus :

Notre premier projet souhaite restaurer un quartier à neuf : un immeuble champignon surmonté d’un stade de foot volant et une maison-triangle domineront désormais la skyline de la ville. Tout à côté seront proposées une piscine et une plage  (afin qu’on puisse toujours se baigner si la piscine est cassée) d’ici une dizaine d’années.

Le deuxième, intitulé « La Villa Love » propose, tout en couleurs et douceur, un observatoire des divers éléments de la faune albertivillarienne des prochaines années : dauphins, papillons, poisson-volants…
Sa hauteur remarquable offrira aux habitants une vue imprenable sur les nuages et les étoiles.

Enfin, la maison-Transformers vise à faire d’Aubervilliers l’épicentre national de la French Tech en étant le premier bâtiment entièrement télécommandé au monde. Le hall d’entrée situé dans le pied droit de cet immeuble anthropomorphe offrira un accès public à la terasse panoramique située au niveau du coude.

 

test dutopie

Les architectes ont tenu à tester les utopies urbaines déjà existantes à Aubervilliers.
Ici la Maladrerie soumise à une épreuve d’ergonomie escalade.

Photos : Delphine Hyvrier & les enfants d’Aubervacances

 

 

 

Les sans-papiers ou le retour du refoulé colonial

échassier

Les sans-papiers d’Aubervilliers c’est une vieille histoire qui dure depuis l’automne dernier. Six mois que ces quarante quatre originaires de Côte d’Ivoire pour la plupart, tentent de se faire entendre. Demandeurs d’asile, la situation est bloquée et des intimidations se multiplient. Parcours classique : la Libye, l’Italie, La France.

Après s’être installés avec leurs valises sur la place de la mairie, sans véritable dialogue, avoir été hébergés par le Théâtre La Commune pendant quinze jours, ils occupent actuellement un espace provisoire d’où les promoteurs comptent bien les expulser par tous les moyens. Si l’explosion urbaine d’Aubervilliers conduit les politiques de la ville à privilégier l’urbanisme, au lien social et humain, laissant les Bouygues et consorts raser les traces de l’histoire de la ville, on est en droit de se demander à la lumière de ce refus de prendre en compte une question éminemment politique, si les responsables politiques de la ville ont une réelle autonomie quant au lien social qu’ils affirment défendre.

« Trop symbolique pour s’effacer des mémoires, l’évacuation des sans-papiers de l’église Saint-Bernard, à Paris le 23 août 1996, a aussi été l’acte fondateur d’un mouvement qui, depuis, a pris son autonomie. Car en deux décennies, la lutte des sans-papiers a largement changé de forme.

Adieu les occupations d’églises. « Aujourd’hui, le rapport de force se joue sur le lieu de travail. Cela a commencé en 2008 et cela s’étend depuis », explique Marilyne Poulain, en charge des questions d’immigration à la CGT Paris. Son syndicat a appuyé en juin les salariés du restaurant Casa Luca à Paris, occupé à la suite du licenciement d’un de ses deux plongeurs. Après cinq ans d’ancienneté, il avait eu le tort de solliciter de sa direction le certificat nécessaire à l’obtention de son titre de séjour. Tous les patrons n’acceptent pas de payer la taxe de régularisation, ni même de faire la démarche. » peut-on lire dans le journal Le Monde1.

A Aubervilliers, ils sont loin d’avoir tous du travail. Sans papiers signifie sans travail.Ibrahim est arrivé en France avec pour s’en sortir son art . Il est « mage » échassier. Il se démène pour exister à travers son savoir-faire. Il cherche à s ‘élever au-dessus des affres de ce monde.

Aboubakar faisait de la philosophie en Côte d’Ivoire. A Paris 8 on n’a rien voulu entendre.

Un sans papier est condamné à l’invisibilité.
 Mamadou croit au pouvoir du temps, lui qui a pris le bateau et a vu des proches périr pendant la traversée en mer.

Le refoulé de la colonisation

Ces multiples départs pour la France ne sont pas insignifiants. Mamadou raconte qu’en Italie il ne comprenait rien. Le français en revanche, il connaît bien. Propos tout à fait convaincants dans la mesure où la Côte d’Ivoire fut une colonie française. On ne retire pas du jour au lendemain les rapports de colonisé à colonisateur. Franz Fanon écrivit Les Damnés de la terre en 1961. il y montre la puissance et la symbolique de la division des espaces, division que l’on retrouve dans l’occupation des « squats » par les sans-papiers :

La zone habitée par les colonisés n’est pas complémentaire de la zone habitée par les colons. Ces deux zones s’opposent, mais non au service d’une unité supérieure. Régies par une logique purement aristotélicienne, elles obéissent au principe d’exclusion réciproque : il n’y a pas de conciliation possible, l’un des termes est de trop. La ville du colon est une ville en dur, toute de pierre et de fer. C’est une ville illuminée, asphaltée, où les poubelles regorgent toujours de restes inconnus, jamais vus, même pas rêvés. Les pieds du colon ne sont jamais aperçus, sauf peut- être dans la mer, mais on n’est jamais assez proche d’eux. Des pieds protégés par des chaussures solides alors que les rues de leur ville sont nettes, lisses, sans trous, sans cailloux. La ville du colon est une ville repue, paresseuse, son ventre est plein de bonnes choses à l’état permanent. La ville du colon est une ville de blancs, d’étrangers. La ville du colonisé, ou du moins la ville indigène, le village nègre, la médina, la réserve est un lieu mal famé, peuplé d’hommes mal famés. On y naît n’importe où, n’importe comment. On y meurt n’importe où, de n’importe quoi. C’est un monde sans intervalles, les hommes y sont les uns sur les autres, les cases les unes sur les autres. La ville du colonisé est une ville affamée, affamée de pain, de viande, de chaussures, de charbon, de lumière. La ville du colonisé est une ville accroupie, une ville à genoux, une ville vautrée. C’est une ville de nègres, une ville de bicots. Le regard que le colonisé jette sur la ville du colon est un regard de luxure, un regard d’envie. Rêves de possession. Tous les modes de possession : s’asseoir à la table du colon, coucher dans le lit du colon, avec sa femme si possible. Le colonisé est un envieux. Le colon ne l’ignore pas qui, surprenant son regard à la dérive, constate amèrement mais toujours sur le qui-vive : « Ils veulent prendre notre place. » C’est vrai, il n’y a pas un colonisé qui ne rêve au moins une fois par jour de s’installer à la place du colon.2

Il y a déplacement du lieu dans ce jeu de retour à la colonisation… mais le colon est toujours le même. Le colonisé aussi. Si cette distinction se marque spatialement, elle attend une assimilation dans l’impératif de maîtriser la langue du pays d’arrivée. A l’exilé, on impose des racines dans le non lieu de l’intégration. Les sans-papiers rencontrés ce jour-là étaient regroupés autour d’un arbre dont les racines sortaient du sol. C’ était comme si l’arbre montrait la fragilité de l’homme attaché à ses racines.

L’exil c’est la révélation finalement de la fragilité de cette volonté de s’attacher à un sol. Enée portait sa patrie sur le dos, son propre père, ne la déposant que dans un acte de fatigue, et de violence vis à vis de ce sol qui n’était à personne, jusqu’à ce qu’il s’en empare et s’y installe.

Toute colonisation garde ainsi en mémoire l’acte violent initial. Les sans-papiers sont des hommes qui rappellent à la mémoire ce refoulé occidental.

Danse, transe, rire.

Il y avait beaucoup de musique aux sonorités diverses, associant la tradition à la modernité. Le rythme des corps se soumettait aux percussions, dans un va et vient proche de la transe mystique et de la sexualité, elle aussi refoulée. Et tout le monde riait – ou presque, certains ayant le regard songeur, imperméable. On partageait un repas, à base de fruits, de légumes..d’épices, dans cet inconscient retour à l’imaginaire frugal africain. Ce rire on pourrait le qualifier d’échappatoire au sanglot de l’homme noir.3

De la danse au rire planait cette ambiguïté de l’esprit colonial renforçant la division spatiale. Ibrahim avait bien compris. Dansant du haut de ses échasses, il attendait le billet qui justifierait de montrer son courage, par une pirouette. Cela n’eut pas lieu. Ils n’y connaissent rien confia-t-il. Lui avait compris le poids de l’argent pour sortir de cette condition. Il se mit un chapeau et sortit de cet espace qu’il n’aimait pas. Il rêvait d’être artiste. Peut-être parce que l’art de l’échassier est de surplomber le sol et les racines.

Maryse Emel

3Humoresques 2013, Rires africains et afropéens. Voir l’article de Violaine Houdart Mérot « Alain Mabanckou ou le rire comme refus du sanglot de l’homme noir. »