Forum « Rénovation Urbaine et actions artistiques »

La Semeuse était présente au forum proposé et présenté par Nicolas Frize et Marie-Pierre Bouchaudy de la Mission Nuage de Plaine Commune 93.

L’objectif de la séance était de trouver à lier une rénovation urbaine avec un projet artistique. Comment l’un peut servir l’autre dans son implantation? Bien souvent c’est l’art qui « sert » littéralement au projet urbain, pour adoucir et marquer la transition vers le « nouveau ». Aussi, le thème de la « participation » fut largement abordé, un axe très couru par les élus et les aménageurs, mais qui s’avère être souvent de l’utopie publicitaire et pas forcement d’une utilité publique comme il évolue dans l’idéal des acteurs du projet.

Trois thèmes alimenteraient l’échange :

*Processus artistique : Qu’est ce qui fait oeuvre?

*Economie : SUJET QUE L’ON A SUBTILEMENT ET COMPLÈTEMENT ZAPPE! L’argent, le budget serait il tabou alors que c’est de l’argent public?

*Temporalité : et ses étapes de confiance, commandes aux associations, décalages entre temps artistique et administratif…

Ce fut assez curieux comment on abordait chaque thème avec le mot « quartier » au sens de « cité » au sens implicite de « cité de banlieue » péjoratif, avec en sous couche un « que l’on en finisse » déconcertant, comme si la rénovation ne devait voir lieu que dans les zones où il se passe proportionnellement le plus d’actions sociales négatives. Jusqu’au moment où un participant précisait que tous les citadins habitent dans des quartiers et tous nous sommes confrontés à la rénovation urbaine. Car, en dépit de ce que les urbanistes et architectes d’aujourd’hui projettent comme étant la ville idéal où tous devrions être heureux et en paix, nous sommes tous attachés historiquement et sensiblement à un endroit aussi laid et glauque soit-il, mais faisant partie de nous. Alors aiguisons notre sens du regard, car dans le barres comme dans les immeubles haussmanniens, il y a des appartements réfléchis par des architectes et habités par des êtres avec chacun une histoire. Ce sont des usagers qui vivent l’espace, mais surtout des usagers qui font que l’espace vit!

On passa très rapidement sur la perception négative de la banlieue. Constat qui permit à Mission Nuages d’exister. En effet, peut être qu’en introduisant des alternatives artistiques aux rénovations urbaines, nous renouvellerons la vision de la banlieue vers l’extérieur. Il semble que déjà dans les années 60 la banlieue était particulièrement touchée par la rénovation, donc ça toujours était un terrain de tous les possibles et un champ d’expérimentation qui n’as toujours pas trouvé sa voix. Mais serait ce réellement positif qu’elle se fixe un axe? Etre en permanence entrain de tester des façons de vivre l’espace, n’est ce pas aussi s’adapter à ses contemporains, à leur modes de vie? C’est un luxe qu’aujourd’hui peut se permettre la banlieue en Île de France, tant les centres sont aseptisés et figés dans le temps. Donc pour créer et improviser la banlieue c’est l’endroit. Malgré l’effort démesuré que les aménageurs emploient (élus, concepteurs, asso), chacun avec leurs intérêts qui leur sont propres évidement, il faudrait se résoudre à la conclusion, que la ville ne sera jamais finie et le chantier durera tant que nos façons de vivre évolueront et se modifieront. Modeler son environnement à l’usage que l’on en fait n’est ce pas la solution la plus cohérente pour être à l’aise? Mais pour cela il faudrait assumer. Assumer que nous auront jamais la solution entre nos mains car des nouvelles questions apparaîtront et tant qu’il y aura des esprits pour chercher des réponses il faudra en profiter et les exploiter. Pour cela il faut de l’espace. Lorsque certaines villes ont décidé de devenir des mussées à ciel ouvert, d’autres décident d’assumer leur histoire, d’en laisser au passé et d’entreprendre le futur. Alors il y aura des erreurs, oui, mais ce seront des erreurs vivantes, modulables. Après d’assumer, il faudrait s’amuser, croire un peu plus à l’imagination et aux compétences de chacun, pour ne pas s’enfermer dans cette solution que l’on croit détenir mais que personne n’a.

Puis vint le temps de justifier les actions artistiques. Il s’agirait de valoriser des métiers méconnus, de sensibiliser les acteurs et habitants à un nouveau regard sur la ville, de repérer les conditions qui favoriseraient le résultat positif. « Résultat positif », serait-ce la quête de 100% des personnes positives au projet de rénovation? Ou l’évolution du regard extérieur sur les villes de banlieue? Le mystère reste entier. Un autre point qui peut interroger les créateurs pourrait être l’utilisation de la culture et de l’art comme moyen de médiation, étape de concertation et de participation citoyenne. Contenu que le projet artistique intervient principalement lors de la phase de transition entre le chantier de démolition et le chantier de construction, la concertation est elle justifiée? Puisque le projet final est déjà signé, ne pourrions nous pas juste se dire que nous voulons faire vivre des espaces sans fonctions (démolition) et en faire profiter les habitants de manière ludique? Utiliser ces friches pour que les uns s’expriment et d’autres en profitent. N’est pas déjà assez positif pour la conscience collective?

Comme dit précédemment, un mot qui revint trop souvent ce fut « participation ». Et pour cause, tous les aménageurs voudraient lisser les avis sur le futur aménagement et se dire que tous auront une opinion favorable, d’où son emploi à outrance peut être. On souhaite que le maximum de personnes soient actives à toutes les phases du projet, à la présentation en mairie et aux événements artistiques proposés. Mais est ce la quantité qui compte? N’est pas suffisant que l’événement ait juste le mérite d’exister? Nombreux participants se rejoignirent à dire que les participants aux événements sont des habitants qui bien souvent sont très engagés par ailleurs dans la vie collective et associative, donc au final, pas représentatifs de tous les habitants. Et est ce que quelqu’un peu remplacer la présence d’un autre habitant? Les habitants ne sont ils pas déjà représentés par des élus? « Participer » A la conception artistique? A la réalisation? A la construction?  Ce questionnement aborde peut être notre course à tout vouloir optimiser. Tout doit avoir absolument un sens profitable sans lequel tout geste futile ou désintéressée serait désuet, donc inutile. Regarder, admirer, n’est pas déjà participer et faire vivre l’oeuvre? Sans le spectateur elle ne vivrait pas pourtant.

En raison de tous les axes abordés et non abordés, ce fut un forum très intéressant où nous pouvons déceler de nombreux questionnements, grâce à une généreuse envie de donner à voir, à une volonté de faire vivre une vie agréable et commune aux habitants, mais qui se censure et s’interroge sur des points quelque peu éloignés de la vie quotidienne des citadins. Quant à eux, à nous, on aura toujours à redire sur les propositions des aménageurs. Mais n’est ce pas cela qui différencie le passé du présent et fini par créer un futur?

Un grand merci à Nicolas Frize et Marie-Pierre Bouchaudy pour leur invitation.

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