Archives d’Auteur: Ariane Leblanc

La rentrée de La Semeuse

 

La Semeuse est une plateforme d’échanges et d’expérimentations autour des questions environnementales, de développement durable et des savoir-faire. Des rencontres régulières sont organisées autour de la grainothèque, des plantes, mais aussi des connaissances de chacun. Véritable réseau de coopération, La Semeuse développe sur un temps long des dynamiques partenariales entre des acteurs du champ environnemental, social et culturel et favoriser ainsi un dialogue et un partage d’expériences.

 Cette année des rendez-vous réguliers sont mis en place : rencontres, conférences publiques, ateliers d’échange et de transmission autour des pratiques, expériences et savoirs des habitants d’Aubervilliers. 

 Le premier rendez-vous sera le 16 et 17 septembre pour les journées du patrimoine, La Semeuse vous accueille avec l’association Auberfabrik pour une exposition des œuvres réalisés dans le cadre des ateliers du projet 1001 plantes.

Uriel Orlow artiste en résidence aux Laboratoires d’Aubervilliers proposera un atelier interactif autour d’une cartographie sensible de la ville d’Aubervilliers. L’artiste explore l’histoire de la plaine des vertus à travers l’agriculture actuelle et ancienne, locale et globale. Cette recherche donnera lieu à une production artistique prenant différentes formes.

Enfin le lancement de l’édition « Pratiquer les plantes albertivillariennes » qui sont les recettes recueillies et échangées lors des ateliers cuisiner les plantes albertivillariennes avec Véronique Desanlis.

À très vite !

Publicités

La nouvelle boîte de Pandore par Maryse Emel

Ce soir-là ils étaient quelques uns à avoir répondu à l’invitation de la semeuse. Elle avait semé quelques mots et on l’avait entendue. C’ était déjà une victoire quand on pense au bruit quotidien de tous ces mots avides d’occuper la place qui recouvrent la moindre parole par goût du pouvoir.
Sur une table se côtoyaient l’histoire des jardins ouvriers, des livres sur les graines, et une grosse boîte qui attirait l’oeil et la main des plus jeunes. Une grainothèque, c’était le nom de cette étrange collection à l’intérieur. Chaque graine occupait sa petite case, elle qui aimait tant le plaisir nomade. Pas une seule ne ressemblait à une autre. Et par les voyages, les rencontres que chacune ferait un jour, on pouvait deviner que la petite boîte ne contenait qu’un infime échantillonnage d’un univers infini.
On avait amené le tout par caddie. Oui, un caddie type supermarché, recyclé en l’occasion en tracteur de la semeuse.
Les habitués du bar regardaient curieux, pendant que la serveuse déplaçait une table, ayant oublié le grincement que celle-ci peut produire quand on ne la soulève pas.
J’ avoue ne pas trop m’y connaître en graines. Ecoutant ces semeurs de mots me renvoyant à une rêverie intime, je fus amusée de découvrir les mille et un stratagèmes développés par les graines pour voyager à peu de frais.
Ce que je retins de ce soir-là c’est la force des convictions pour vivre. Bien sûr je ne suis pas en train de devenir adepte d’un anthropomorphisme de mauvais aloi. Les graines évoquent bien plus qu’elles-mêmes. C’est une banalité  de dire cela. Elles nous renvoient à notre monde, un monde où il ne fait pas bon de prendre des risques.
Un intervenant racontait qu’aujourd’hui dans les crèches, le sol est dans une matière qui évite de se faire mal quand on tombe. Les enfants ne savent même plus tomber, et sentir la chute dans leur corps, concluait-il.
De la même façon, la dénonciation de la pollution sert d’abord les intérêts de quelques grands holdings,constatait un autre. A cette société de la peur, ils sont nombreux à s’opposer. Marx et Rousseau s’immiscèrent tant bien que mal dans la discussion .
Ce soir-là, moi qui n’y connaît pas grand-chose, j’ai senti un vent de liberté. Des jardins surgissent dans des lieux insolites, en réponse à l’impossible dialogue avec l’administration.Il y a des hommes, des femmes, qui sèment leurs désirs aux quatre coins de cette ville, en silence.

La semeuse a repris son caddie… Elle souriait. Une petite fille avait ouvert la grainothèque…

Non ce n’était pas Pandore.
L’espoir n’est pas resté au fond de la boîte.

Maryse Emel

Information Aubervilliers

Ouverture de la librairie Solidaire:

La librairie « Le temps de lire » mettra en place prochainement une programmation autour de la lecture sous diverses formes et supports.
Cette programmation participative sera le plus souvent issue de propositions de partenariat avec des associations, des collectifs ou d’habitant(e)s d’Aubervilliers et en articulation avec les bénévoles de l’association.

Evénement ce Samedi 25 mars à 15h : La banlieue parlons en au Temps de lire

Adresse : 167 rue André Karman

http://www.nonfiction.fr/article-8797-debat___les_banlieues_au_risque_de_la_banalisation.htm

 

LE TROC par Maryse Emel

C’était un dimanche. J’étais novice, néophyte sur la question des graines et de bonne composition. Bref, ouverte aux multiples surprises de la vie.  J’avais acheté un journal pour meubler à peu de frais cette journée dominicale.   La fin du mois approchait et les restrictions financières aussi. Près du métro Jaurès, on annonçait un événement sympathique. Il s’agissait d’échanger des graines, des plants. Rassurée sur la destination culturelle qu’empruntait ce jour férié destiné à  un repos mérité ou nécessaire, je rêvais de ces futures fleurs bientôt chez moi, prêtes à tout pour colorer la terrasse bétonnée  d’un architecte en quête de reconnaissance.  

J’arrivais à la sculpturale rotonde, et après quelques errances dues  à un douteux sens dépourvu d’orientation, je parvins enfin à ce point qualifié d’éphémère.

C’était plus qu’un point. C’est vrai que la misère est plus belle sous le soleil ou les lumières de la nuit .

Je rentrais dans ce lieu enchanteur. Ici pas de vente. Juste du troc me déclara une jeune femme avec le ravissement de quelqu’un qui venait de découvrir la lune. Le troc ? Ce n’était pas le cas au comptoir, où les euros sonnaient de tout leur poids.

J’étais entourée de têtes et de corps qui à force de troc sans doute semblaient indifférents à la réalité du contexte. Certains s’adonnaient au macramé. Fatiguée, je dus sortir ma carte d’invalide pour obtenir un siège.

Je me sentais de trop ici. Non ce n’était pas un lieu habitable. Le troc cachait mal ces gens dehors qui avaient froid.

Cet entre-soi rendait contradictoire cet imaginaire voyageur des graines.

Tout semblait convivial pourtant…

Mais le troc n’est qu’un échange archaïque qui a pour but la satisfaction des besoins.

Un échange monétaire rudimentaire.

le troc n’est pas le lieu du désir… juste celui de la nécessité

Le troc tue l’imaginaire de la rêverie.

Le vrai échange n’est-ce pas la parole ? La graine est occasion de rencontre. Elle circule, tissant les mots de la phrase ou du silence

Finalement on se retrouvait dans le trafic légal, cette fois.

Trafic sans âme autre que celle de l’économique.

Oikos, en grec, c’est l’économie, c’est-à-dire la maison.

Je songeais que ce lieu était fermeture sur soi, une extension de ces valeurs que l’on connaît, celles de la famille. Il fallait appartenir à la fratrie.

Je me sentais exclue.

La graine ici ne donnerait rien. Elle portait en elle l’impossible rencontre. Il fallait un Sésame pour être admis. Je m’enfuis et me sentis rassurée quand à la grande famille se substitua la singularité de chacun. La rue avait ses graines de rencontre Je m’y sentais à l’aise…