Soigner par les plantes de Dakar à Aubervilliers. Projet de Recherche de La Semeuse 2019/2020

Depuis 2010 La Semeuse, projet artistique et plateforme de recherche initiée par l’artiste Majetica Portc, génère des moments et des projets qui prêtent attention aux relations que nous entretenons aux végétaux, souvent invisibilisés, discrets ou marginalisés, afin de mettre en œuvre des dispositifs d’action et de transmission. Face à la difficulté de trouver des espaces que chacun puisse s’approprier ou qui échappent à un temps monnayable, La Semeuse ouvre sa plateforme à de multiples actions, témoignages, récits, pratiques des acteurs de la ville d’Aubervilliers dans le but de créer des expériences communes, d’établir du commun.

Avec son nouveau projet « Soigner par les plantes de Dakar à Aubervilliers», La Semeuse  cherche à rebondir sur une représentation de la ville d’Aubervilliers : celle d’une ville multiculturelle.  Multiculturalisme et diversité sont souvent présentés comme des valeurs positives, allant de soi, qui  toutefois sont caractérisées par une vision superficielle des Albertivillarien.ne.s. En élargissant cette représentation à la vie végétale et aux pratiques culturelles diverses qu’elle génère, nous voulons interroger autrement ces notions. « Soigner par les plantes de Dakar à Aubervilliers» consiste en la création d’un laboratoire d’échanges et de recherches qui s’appuie sur des savoir-faire ancestraux et leurs déplacements du fait des migrations humaines et végétales. Il se concrétise par un partenariat avec l’hôpital en médecine traditionnelle de Keur Massar au Sénégal qui donnera lieu à un programme de séminaires avec l’université Cheikh Anta Diop à Dakar ainsi que le campus Condorcet à Aubervilliers. Ce projet sera présent aux Ateliers de troubles épistémologiques, durant la biennale de Dakar 2020, initié par le Musée Théodore Monod d’art africain de l’Institut Fondamental d’Afrique Noire lié à l’université Cheikh Anta Diop à Dakar et l’école des beaux arts de Nantes Saint Nazaire, qui offrent un espace de travail de croisement de savoirs scientifiques et populaires et démarches artistiques. Enfin, l’artiste Tiphaine Calmettes en résidence aux Laboratoires d’Aubervilliers pendant l’année 2019/2020 travaillera sur les récits et contes avec les habitant.e.s d’Aubervilliers autour des savoir faire culturels liés au soin.

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A Dakar comme à Aubervilliers, ce projet, consacré au soin par la connaissance des plantes et de leurs usages, s’intéresse aux pratiques culturelles traditionnelles ainsi qu’à leurs transformations du fait de leurs déplacements internationaux ou encore de leurs associations à d’autres médecines. Avec la volonté de rendre visible des pratiques en danger du fait des processus d’acculturation liés, entre autres, à l’exode rural mais aussi par la disparition des plantes à cause de l’urbanisation croissante des métropoles ; « Soigner par les plantes de Dakar à Aubervilliers» cherche avec des partenariats dynamiques et durables à valoriser ces savoirs constitutifs d’un patrimoine immatériel translocal.

Ariane Leblanc

Sympathie, contagion et similitude, 2019 de Tiphaine Calmettes

REPAS PERFORMANCE le 30 avril

Explorant les rapports entre art et cuisine, Cookbook’19 réunit 25 chefs cuisiniers et 20 artistes internationaux : un état des lieux sur le devenir-art de la cuisine et le devenir-comestible de l’art, sur fond de convivialité et de partage. Pour cette édition, l’artiste Tiphaine Calmettes a travaillé avec la cheffe Antonia Klugmann pour proposer une expérience partagée : Sympathie, contagion et similitude. Le temps d’une soirée, des voix se réunissent autour d’un repas dont les plats deviennent les modérateurs de la discussion. Un moment de rencontre est provoqué dans un lieu reconstitué où les convives nourrissent leurs paroles par les mets et un set de table adapté. La commensalité naissant de la mise en situation mènera les invités à faire communauté, à performer l’alimentation comme une force agissante, favorisant l’échange verbal entre les êtres ainsi que les relations biologiques et symboliques au monde. Les compagnons de table seront pour l’occasion : Christine Armengaud, Nicolas Bourriaud (tbc), Tiphaine Calmettes, Gaëlle Faure, Claude Fischler, Antonia Klugmann, Ariane Leblanc, Andrea Petrini, Jacques Tassin, Leslie Veisse.

La conversation sera enregistrée in situ et diffusée sur l’antenne Tout-Monde de radio R22.

Le repas se tiendra au Morland Living Lab, le laboratoire éphémère situé aux pieds du chantier de l’ancienne cité administrative de Sully-Morland. Le projet de l’artiste produit par le MOCO sera par la suite clôturé par une dernière performance qui se tiendra le 11 mai à La Panacée, à Montpellier.

Les invité.e.s

Jacques Tassin, Chercheur en écologie végétale

Christine Armengaud, s’est intéressé à l’art des potiers japonais, aux figurines et aux jouets essentiellement des jouets écologiques et éphémères. Souvent liés à des rituels magiques, religieux ou curatifs, ces jouets viennent de loin et véhiculent un imaginaire, des métaphores qui ne cessent de l’intriguer, de provoquer sa curiosité, de l’inciter à refaire ses bagages pour en découvrir d’autres.

Claude Fischler, est un sociologue français  spécialiste, notamment, de l’alimentation humaine

Ariane Leblanc coordinatrice du projet de La Semeuse aux Laboratoires d’Aubervilliers 

Gaëlle Faure, Empirique, chamane, alchimiste

Andrea Petrini, curoteur de l’exposition Cookbook de la Panacée

Leslie Veisse, curatrice 

Nicolas Bourriaud , curator 

« Sympathie, contagion et similitude est un projet en trois temps constitué d’un ensemble de vaisselle / ex votos en grès, une table ronde / repas et d’une performance.

Pour le deuxième temps, j’aimerais réunir des voix autour d’un repas, comme une table ronde dont les plats seraient les modérateurs de la discussion, un set comestible à adapter. Réalisé en collaboration avec un chef, chaque plat aurait une dimension narrative et/ou conceptuelle invitant ainsi les intervenants à nourrir leurs paroles par les mets.

La vaisselle réalisée en grès non émaillé, représentera des parties de corps, des ex-votos détournés à usage de vaisselle. Ces éléments intermédiaires entre le corps et la nourriture viennent se formaliser comme des prothèses mettant en exergue la distance d’usage. Le moment sera capté via un dispositif radiophonique permettant de partager cet échange et nous invitera à faire attention à retranscrire par la parole les sens sollicités lors de cette expérience.

Le troisième temps sera une performance permettant de partager l’expérience de la table ronde par la mise en récit et en mouvement de la conversation et de la vaisselle produite pour l’occasion. Mes recherches actuelles portent sur les forces agissantes (magie, mythes et rites) et j’aimerais continuer en ce sens en considérant l’alimentation comme telle. J’ai découvert les écrits de Claude Fischler et Paul Rozin sur la relation entre la pensée magique et l’alimentation, sujet qui a d’ailleurs donné lieu à un colloque en 1994. J’aimerais donc aborder les croyances et rituels associés au comestible tout en intégrant les grands principes qui sous-tendent l’histoire de la cuisine et les enjeux sociétaux que cela a engendrés (création d’une communauté, développement de l’agriculture, etc.).

Je partirais tout d’abord de la relation entre une personne et son alimentation, de quelle manière ce que l’on mange raconte ce que l’on est ( «Dis-moi ce que tu manges, je te dirai ce que tu es. » Anthelme Brillat- Savarin Physiologie du goût (1825), Aphorisme IV de Anthelme Brillat-Savarin). Dans l’alimentation il y a une double relation au monde d’une part biologique et de l’autre symbolique. Le deuxième axe me permettra d’aborder la notion de métaphore comestible, à savoir, de quelle manière les rituels alimentaires forment des compositions dont tout est porteur de sens. Ainsi, les questions d’anthropomorphisme à travers les gâteaux figuratifs (Le diable sucré, Gâteaux, Cannibalisme, Mort et Fécondité, Christine Armengaud) rejouent des étapes de passage se jouant de l’ingestion comme incorporation symbolique. J’aborderais également les nombreuses sciences divinatoires liées aux corps ou aux aliments – Anthropomancie : divination par l’inspection des entrailles humaines, évoqué par Homère; Sitionomancie : (sition aliment) divination qui se faisait par l’inspection des aliments; ou encore la Cafédomancie : ou caféomancie est un procédé de divination consistant à présager l’avenir ou autres mystères en interprétant les traces laissées par du marc de café au fond d’une assiette ou d’une tasse, ou sur une serviette… pour n’en citer que quelques-uns.

Il sera aussi question d’aborder l’idée même de cette expérience partagée, la commensalité. « Ce sont des commensalités dont il s’agit et pour lesquelles il faut reconstituer des lieux. La puissance instauratrice de la commune imposera un monde de fragments où l’on pourra se rencontrer », comme nous invite à faire Josep Rafanell i orra dans son livre Fragmenter le monde. C’est dans le commensalisme même que se retrouvent la macro et le micro, du compagnon de table aux interactions biologiques symbiotiques entre deux êtres vivants où les animaux et les végétaux vivants associés à d’autres espèces et profitant de leurs aliments sans leur porter préjudice. Ce sera alors aussi l’occasion de discuter de ce qui fait communauté, allant du commensal au commons tout en revenant à la probabilité que les origines de la cuisine aient favorisé la communication et l’échange verbal à l’intérieur des groupes participants ainsi au processus d’hominisation. Nous aborderons donc la question du commun aujourd’hui tant traité par ailleurs à travers de nombreux livres de théorie critique. »

Tiphaine Calmettes

bio dans résidence et collaboration

les discussions de La Semeuse #2 Reprendre la Ville Ensemble

REPRENDRE LA VILLE ENSEMBLE

Rencontre avec Christophe Laurens

Jeudi 18 avril de 19h à 21h aux Laboratoires d’Aubervilliers entrée libre . 

Pour cette deuxième rencontre des discussions de La Semeuse, l’architecte et enseignant Christophe Laurens, invité, nous amènera à déconstruire le métier d’architecte à travers une pratique multiple et hybride. D’abord membre du comité de rédaction d’ENTROPIA, revue d’étude théorique et politique de la décroissance, il s’engage par la suite contre l’universalisme colonialiste qui a ravagé les sociétés premières. Il codirige aujourd’hui le DSAA (Diplôme Supérieur d’Arts Appliqués) Alternatives Urbaines de Vitry-sur-Seine dans le cadre duquel il a publié en 2018 Notre-Dame-des-Landes ou le métier de vivre, un livre issu d’une expérience d’« école hors les murs » sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. Il propose d’observer et de réfléchir aux urbanités alternatives et conviviales qui redonnent le pouvoir d’agir aux habitants. 

Le conflit des existences n’est pas un simple conflit de classes.Les ruptures qui se dessinent actuellement entre les différents modes de vie ne sont pas seulement des batailles entre riches et pauvres, entre dirigeants et dirigés, ou entre Nord et Suds. A l’épreuve du changement climatique, le conflit des existences se révèle être une faille sur laquelle se disputent ceux qui sont encore capables de se dire satisfaits de la terre et ceux qui voudraient la transformer ou l’équiper, voire la quitter. Aujourd’hui, face aux multiples tentatives pour habiter la terre de manière durable, quelques Hommes fascinés par le transhumanisme ou par la « force géologique » qu’ils seraient devenus en viennent à encourager sans scrupules la disparition de tout ce qui serait trop ou pas assez humain pour pouvoir s’adapter à un idéal accélérationniste.

Le conflit des existences à l’épreuve du climat

Ou l’anthropocène revu par ceux qu’on préfère mettre à la rue ou au musée

Barbara Glowczewski et Christophe Laurens